Ou comment Big Red Beard Combs compte dominer le marché mondial des soins de la barbe

Postes Canada

Un projet au poil

L’intention n’était pas d’avoir un truc à exploiter. Le couple formé par Rick Heatley et Keri Brunskill s’est tout bonnement mis à fabriquer des peignes. À l’été 2013, Rick, un fabricant de meubles haut de gamme, aménage la cuisine de sa mère. Sur un coup de tête, il décide de se laisser pousser la barbe jusqu’à ce que la cuisine soit terminée.

« Ma mère faisait constamment des changements et le projet a pris plus de temps que prévu. Je me suis donc retrouvé avec une grosse barbe. Je n’ai jamais eu l’intention de la garder », explique Rick, qu’on appelle également Big Red à cause de sa pilosité rousse.

Puisqu’il a le cran, le crin et les bons outils à sa disposition, Rick commence à tailler des peignes en bois pour dompter ses poils mêlés. Il crée différents modèles, les essaie, les adapte. Graduellement, Keri et lui se rendent compte qu’il y a là une belle occasion d’affaires.

Ils présentent leurs produits aux salons de barbiers de leur région, à 20 km au nord-ouest de Victoria, en C.-B., pour obtenir des commentaires. Les barbiers sont si impressionnés qu’ils s’arrachent les peignes sur-le-champ.

Le couple ne se doute pas que le marché des soins de la barbe va exploser et devenir une tendance mode internationale.

À la racine, la qualité

Revenons en 2015. L’entreprise Big Red Beard Combs vend maintenant en ligne des peignes, des baumes et des huiles, emploie neuf personnes et a vu ses ventes doubler au cours de la dernière année. Chaque mois, elle livre environ 1 000 peignes à des clients de partout dans le monde. Elle compte les États-Unis, la Suède et la France parmi ses marchés les plus lucratifs.

Keri, qui s’occupe de la conception Web et du marketing, attribue le succès de l’entreprise à la grande qualité de ses petits peignes. Faits de noyer, de cerisier, de makoré ou de teck, ils sont laminés pour être exceptionnellement résistants. Big Red Beard a innové sur ce plan et elle en est très fière. Elle offre maintenant une douzaine de modèles, dont des peignes joliment gravés, certains pliables et d’autres à deux côtés.

Avoir du toupet

Bâtir une entreprise n’a pas été facile. Au départ, le couple n’avait pas beaucoup d’expérience dans les médias sociaux indispensables à l’essor de leur projet.

« Nous avons dû apprendre le fonctionnement de chaque plateforme des réseaux sociaux. Les interactions sur Twitter sont très différentes de celles sur Instagram ou Facebook. Ç’a été tout un défi de comprendre tout ça. »

Ils ont surmonté d’autres obstacles, comme obtenir une approbation pour les paiements par carte de crédit, lancer un site Web adaptatif pour ordinateurs, tablettes et téléphones intelligents (50 % des clients accèdent à leur site sur mobile) et dénicher les solutions d’expédition les moins coûteuses.

« Il a fallu nous familiariser avec les conditions d’expédition, explique Rick. Nous avons étudié quells formats et poids permettaient les meilleures économies et nous en avons tenu compte en dessinant nos peignes. »

Ils ont également intégré les outils électroniques d’expédition de Postes Canada à leur système pour imprimer les étiquettes au bureau. De la sorte, quiconque peut deposer les colis au bureau de poste.

Préparer l’avenir

La concurrence représente le plus grand défi de l’entreprise. Plus la popularité des barbes augmente, plus on compte de détaillants qui s’y intéressent. Il y a quelques années, les mots « peignes à barbe » donnaient peu de résultats dans Google. Aujourd’hui, on obtient environ 380 000 résultats, plus en anglais. Mais, la mode passera, et Keri et Rick savent très bien qu’ils devront se positionner de manière à poursuivre sur leur lancée.

« Le marché est sursaturé. La mode de la barbe tombera, et bon nombre des entreprises passeront à autre chose, explique Rick. Un groupe d’entreprises continuera ses activités, et nous en ferons partie. »

Rick explique que le couple cherche à augmenter ses ventes au Moyen-Orient, où les barbes font partie intégrante de la culture, chez les hommes de tout âge. « Il s’agit d’un tout autre marché. »

Pour l’instant, Big Red Beard Combs a le vent dans les voiles grâce à sa popularité auprès d’acheteurs en tous genres : adeptes de mode, motocyclistes, bûcherons, hommes ordinaires et femmes qui offrent des peignes à leurs copains hirsutes.

« Les barbus sont fiers de leur barbe, explique Keri. Ils veulent tous en prendre bien soin. »

Par Nancy Carr | Photographie par Chad Hipolito, La Presse Canadienne