Les petites entreprises et la diversité au Canada

Postes Canada

Pour de nombreux immigrants issus de minorités ethniques, le marché du travail canadien n’est pas rose. Ils sont victimes de préjugés et de discrimination au travail et doivent faire face à un manque de possibilités d’emploi, à des inégalités salariales et à des conditions de travail dangereuses. Malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés, de nombreux immigrants travaillent très fort pour satisfaire leurs employeurs et un grand nombre d’entre eux démarrent leur petite entreprise, ce qui stimule l’économie, crée de l’emploi et dynamise la communauté.

Les obstacles à l’emploi rencontrés par les immigrants

Ce n’est pas étonnant que tant d’immigrants se tournent vers l’entrepreneuriat plutôt que d’entrer sur le marché du travail. Le fait que leur nom à lui seul puisse compromettre leurs chances d’être convoqués en entrevue, peu importe leur niveau de scolarité et leur expérience, pourrait y être pour quelque chose.

En 2011, des chercheurs canadiens ont mené une étude de grande envergure, dans le cadre de laquelle ils ont envoyé 13 000 CV pour répondre à des offres d’emploi demandant de 3 à 7 ans d’expérience et un baccalauréat1. Ils ont constaté une nette discrimination envers les candidats au nom à consonance étrangère. Imaginez être rejeté simplement en raison de votre nom!

Bien qu’une expérience de travail au Canada augmentait le taux de rappel des immigrants au nom à consonance étrangère, avoir étudié au Canada n’avait aucune incidence sur celui-ci.

L’expérience a mis en lumière une discrimination indéniable envers les candidats au nom à consonance étrangère. Même ceux qui avaient obtenu leur baccalauréat au Canada et y avaient travaillé n’ont pas été épargnés2. Les chercheurs ont observé qu’un simple changement de nom sur un CV (en remplaçant un nom à consonance anglophone par un nom indien, pakistanais ou chinois) faisait chuter les chances de rappel de 28 %.

Certains ont remis en question les résultats de l’étude, en suggérant que les candidats au nom à consonance étrangère avaient été ignorés en raison de la réticence des employeurs à embaucher des personnes ne maîtrisant pas parfaitement l’anglais. Les chercheurs ont justement examiné cette probabilité, mais l’ont écartée. Les taux de rappel n’augmentaient pas quand les candidats mentionnaient maîtriser plusieurs langues, dont l’anglais, ou lorsqu’ils avaient un diplôme d’une meilleure université ou même une maîtrise3.

Les barrières que les immigrants canadiens ont à franchir sont particulièrement désolantes quand on pense que notre pays est réputé pour son accueil et son ouverture d’esprit.

L’attitude ambivalente des Canadiens envers les immigrants

Selon un sondage récent, les opinions des citoyens canadiens sur la diversité sont parfois contradictoires. Ce sondage de CBC News mené à l’échelle du pays indique que l’avis des Canadiens varie d’une région à l’autre, surtout par rapport à des sujets clés comme l’économie.

L’étude révèle que 75 % des répondants trouvent que le Canada est un pays accueillant pour les personnes de toutes les origines ethniques. De plus, 79 % des répondants affirment être à l’aise à l’idée d’avoir comme employeur ou employé quelqu’un d’une autre origine ethnique. Selon les résultats, 55 % des répondants sont d’accord ou tout à fait d’accord que les immigrants sont très importants pour bâtir un avenir économique stable au Canada. Toutefois, le sondage montre aussi que 30 % des répondants sont d’accord ou tout à fait d’accord que les immigrants enlèvent des emplois aux Canadiens4. Cette information ne peut être ignorée, à la lumière de la politique d’immigration actuelle du Canada.

Le Canada accorde la priorité aux immigrants hautement qualifiés, dans l’espoir qu’ils occupent un rôle important dans notre main-d’œuvre et qu’ils stimulent l’économie5. Notre politique d’immigration favorise les immigrants au niveau de scolarité élevé ayant de l’expérience dans des domaines recherchés. Le pays a toujours attiré des immigrants qualifiés, mais jamais autant qu’aujourd’hui. Nous accueillons aussi moins de membres de la famille d’immigrants que par le passé.

Dans les dernières années, plus de la moitié des immigrants ont été admis au Canada en vertu d’un système de points qui évalue les candidats selon divers critères, dont la scolarité, l’âge, l’expérience de travail et la maîtrise d’une langue officielle. La plupart de nos nouveaux immigrants hautement qualifiés viennent de la Chine, de l’Inde et du Pakistan. Presque tous les nouveaux arrivants admis en vertu du système de points ont un baccalauréat. Le taux de chômage des immigrants récents est cependant presque 2 fois plus élevé que celui des travailleurs du même âge nés au Canada, même s’ils sont très qualifiés et scolarisés. Les immigrants gagnent aussi 48 % moins d’argent que les non-immigrants d’âge semblable ayant obtenu un diplôme équivalent6.

Laisser tomber les préjugés

Alors pourquoi les Canadiens affirment-ils que nous ouvrons nos portes aux immigrants, si leur accès au marché du travail est si difficile? Le Canada n’est peut-être pas aussi accueillant qu’on le croit. Le premier ministre Justin Trudeau s’est d’ailleurs récemment adressé aux Canadiens pour les encourager à offrir un accueil chaleureux aux immigrants et aux réfugiés qui cherchent à refaire leur vie au pays, comme le veut notre tradition :

Le Canada a appris à être fort non pas en dépit de nos différences, mais grâce à celles-ci. Désormais, cela sera au cœur même de notre réussite et de ce que nous offrons au monde. Notre engagement à l’égard de la diversité et de l’inclusion ne se résume pas au fait que les Canadiens sont gentils et polis, même si nous le sommes, bien évidemment. En fait, notre engagement réside dans une approche puissante et ambitieuse pour faire du Canada, et du monde entier, un endroit meilleur et plus sécuritaire. (…) Nous avons le devoir – face à nous-mêmes et face au monde – de montrer que la diversité inclusive est une force capable de vaincre l’intolérance, le radicalisme et la haine. Le succès du Canada comme nation de diversité et d’inclusion n’est pas arrivé par accident et il ne se poursuivra pas sans effort. Même si notre avenir est optimiste, cet optimisme n’est pas pour autant garanti. Notre avenir dépendra des choix que nous faisons aujourd’hui. Compassion, acceptation et confiance; diversité et inclusion. C’est grâce à ces qualités que le Canada est fort et libre. Pas seulement en principe mais en pratique. Ceux qui profitent des nombreux avantages de la diversité qui existe au Canada se doivent d’être de solides et fermes garants de ses qualités. Ne fermons pas nos cœurs à ceux qui ont besoin de nous ni nos esprits au fait qu’il est toujours possible de faire mieux. Après tout, nous sommes des Canadiens. Montrons-nous sous notre meilleur jour au monde entier.

Les immigrants et l’entrepreneuriat

Jusqu’à ce qu’un plus grand nombre d’employeurs canadiens adoptent cette mentalité accueillante, beaucoup d’immigrants continueront sans doute à se tourner vers le travail indépendant. D’ailleurs, plus d’immigrants que de Canadiens deviennent propriétaires d’entreprise. Ce phénomène pourrait partiellement s’expliquer par le fait que les agences de placement suggèrent aux nouveaux arrivants qui ont du mal à trouver du travail de démarrer une entreprise7.

Selon Statistique Canada, environ 5,3 % des immigrants deviennent propriétaires d’une entreprise privée dans les 9 années suivant leur arrivée au pays. Ils se lancent plus rapidement en affaires que la population née au Canada, pour laquelle le taux de propriété est de 4,8 %. Par ailleurs, 19,6 % des immigrants sont considérés comme des travailleurs autonomes non constitués en société, par comparaison à 16,1 % des membres du groupe nés au Canada. Les immigrants résidant au pays depuis 10 à 30 ans semblaient aussi avoir davantage l’esprit d’entreprise que les Canadiens de naissance. En effet, 5,8 % des immigrants de longue date sont propriétaires d’une entreprise privée8.

Les petites entreprises rapportent à tous

La tendance des immigrants à se lancer en affaires a grandement servi l’économie du pays. Les petites entreprises rapportent beaucoup d’argent au pays, en plus de créer de l’emploi pour les Canadiens. La main-d’œuvre du secteur privé au Canada est en fait composée à 46 % d’employés de petites entreprises, ce qui signifie que 5,1 millions de Canadiens gagnent leur vie grâce à une petite entreprise9.

Laissons de côté nos préjugés et accueillons à bras ouverts ceux qui choisissent de s’établir dans notre pays. Reconnaissons leurs réalisations et offrons-leur le même soutien qu’à nos compatriotes canadiens en les embauchant ou en encourageant leurs entreprises. Tous ensemble, nous pouvons changer les choses.

Vous êtes entrepreneur ou espérez le devenir? Solutions pour petites entreprisesMC peut vous aider.

S’inscrire

Sources

1Discrimination Against Skilled Immigrants in the Canadian Labor Market (en anglais seulement), Poverty Action Lab.
2Discrimination Against Skilled Immigrants in the Canadian Labor Market (en anglais seulement), Poverty Action Lab.
3Discrimination Against Skilled Immigrants in the Canadian Labor Market (en anglais seulement), Poverty Action Lab.
7Members of ethnic groups top the ranks of Canada’s self employed (en anglais seulement), Montreal Gazette, 2018.
9Small Business:Powering the Canadian Economy (en anglais seulement), CanadaOne, 2013.